déc 2 2010

On joue ? Non c’est nul !

Avant propos:

Dans le premier billet de ce blog publié il y a quelques temps déjà, j’avais annoncé que je ne savais pas de quoi j’allais parler, bref, que je n’avais pas de ligne éditoriale.

Beau programme !

Quoiqu’il en soit une chose se dessine avec certitude : ici on parle éducation et éducation aux nouveaux médias.

Lequel connais-je le mieux ? (me demandé-je!)

Je ne suis pas un lecteur assidu de la presse traditionnelle et pas non plus un gros consommateur de blogs, même si j’ai quelques chouchous.

La réponse est simple : je joue aux jeux vidéos depuis un âge que je n’arrive même pas à me rappeler et c’est un univers culturel que je me targue de connaître assez bien. Ceux qui ont eu l’occasion de me lire, ou la « chance » de me rencontrer, savent mon goût pour le jeu vidéo et l’intérêt que j’y porte dans son utilisation comme vecteur culturel d’apprentissage.

J’ai eu l’occasion ici et d’en faire état et c’est en classe pour moi une pratique régulière que de faire appel à des exemples tirés du jeu vidéo.

Bref, trêve de justifications : décision est prise de consacrer ce blog aux usages pédagogiques potentiels du jeu vidéo. Je publierai ici des réflexions, des coups de gueule peut-être, voire des scenarii pédagogiques ou des idées fantasques et totalement inapplicables en classe. Tout cela sur un thème unique : le jeu vidéo et l’utilisation pédagogique qui peut en être faite.

On revient au titre initial :

Ce qui me pousse à prendre cette décision, c’est une réflexion qui me trotte dans la tête depuis quelques temps au sujet des serious games.

Let’s get this straight : Les serious games sont une bonne idée. Mais, (car il y a un « mais »), et je suis navré de devoir le dire, dans leur immense majorité… les serious games sont d’un ennui mortel. Qu’on me comprenne bien ici : je ne mets nullement en cause leur utilité ni la validité des contenus qui y sont apportés par des gens souvent très sérieux et compétents (certains ont même mon admiration sincère et complète).

Une chose pose problème : le gameplay ! La quasi totalité de ces jeux ne s’avère divertissant pour un adolescent que pendant une dizaine de minutes. N’importe quel gamer (j’emploie la langue de Shakespeare à dessein) qui frague du zombie ou du Waaffen-SS à longueur de soirée, s’endormira tout bonnement devant ces jeux.

La faute à la technologie d’abord : ce sont la plupart du temps des applis Web, incapables de gérer des actions rapides et un flux d’images important. Le plaisir du jeu, principal intérêt de celui-ci, est tout simplement absent, faute d’ergonomie, faute de rythme, faute de se conformer aux habitudes du joueur.

La faute aussi à la conception même du serious game. La plupart de ces jeux part du principe que par la résolution d’un certain nombre d’énigmes, épreuves ou autres, le joueur peut accéder à la récompense suprême ! Attention ! Préparez vous à une joie insoutenable ! Un fatal-combo de jouissance vidéo-ludique ! Je vous le donne en mille…

Une fiche didactique qui explique au « joueur »
pourquoi ou comment il faut (ou pas) faire ça !

Tout le monde aura compris, l’intérêt ludique est limité voire inexistant pour les plus mauvais de ces serious games qui sont malheureusement le plus souvent riches sur un plan scientifique et peuvent enseigner bien des choses au joueur patient.

Manque de bol ! L’adolescent n’est guère patient c’est là son moindre défaut.

Alors comment contourner l’obstacle ?

Parce que malgré tout, je suis convaincu comme bien d’autres, des vertus du jeu dans l’apprentissage. Nos élèves sont dans leur immense majorité des joueurs, et nous aurions tort de leur reprocher.

Quand j’entends mes élèves des sixième disserter de s’il vaut mieux prendre le magnum ou le fusil sniper dans telle ou telle map dans un CS-like, je ne peux m’empêcher de sourire en pensant que derrière ce discours apparemment trivial, se mettent en place des mécanismes d’analyse et d’argumentation.

Plus encore : choisir telle ou telle arme dans telle ou telle situation, c’est pour le jeune joueur faire l’analyse de l’environnement qui entoure le personnage qu’il incarne, comprendre le mode de fonctionnement de l’IA qu’il affronte, évaluer la technique narrative mise en place dans le level design pour faire vivre au joueur une expérience la plus haletante possible ou essayer de le piéger.

Bref, on aura compris où je veux en venir : le jeu vidéo tel qu’il est produit par les grosses et petites boîtes est un élément culturel qu’on peut analyser, décortiquer, et sur lequel enfin on peut faire réfléchir nos élèves. Si j’ai pris l’exemple du FPS, c’est bien entendu volontairement, pour montrer par l’exemple que même le jeu le plus creux a priori, le « bête » défouloir auquel je me livre tous les soirs pour me vider l’esprit et oublier mes problèmes, lui aussi est un objet pédagogique potentiel.

Objet pédagogique potentiel car objet culturel.

Cette seule dernière phrase mériterait un article à elle toute seule (j’y reviendrai un jour de courage). Ce qui compte ici, c’est que l’objet d’étude devient plus riche encore dès lors que l’on s’intéresse à des jeux à la trame narrative plus élaborée (désolé les matheux, c’est le prof de français qui parle ici!). Je livrerai peut-être dans un prochain article les différentes réflexions que j’ai pu faire sur l’utilisation de Zelda en classe : sur les éléments culturels d’une immense richesse que l’on peut en tirer, sur les constructions dont on peut s’inspirer pour faire écrire les élèves et bien d’autres choses encore.

Je ne m’arrêterai même pas sur l’intérêt que peuvent avoir pour l’enseignement de l’histoire-géo les différentes versions de l’immense SM’s Civilization.

Alors je le répète, le serious game n’est pas à jeter aux orties selon moi. Il convient sans doute très bien aux plus jeunes, peu habitués aux flux d’images rapides (et souvent violentes, il faut l’admettre) et encore capables de se laisser immerger dans des univers virtuels peu réactifs tels que ceux proposés par les serious games. Ce que je défends ici, c’est de partir de l’expérience quotidienne des élèves pour les sortir de la fascination qu’exercent l’écran et le jeu, pour les faire accéder à l’abstraction qui se cache derrière (très platonicien n’est-il pas?).

Pour cela, une culture vidéo-ludique est nécessaire et elle n’est pas incompatible avec une culture « classique » (qui vient de citer Platon rappelez-moi?) à laquelle nous avons encore et plus que jamais le devoir de faire accéder nos élèves.

De là à rapprocher les Catilinaires aux procès de Phoenix Wright il n’y a qu’un pas.

Franchissons-le!


oct 19 2010

Identité numérique

J’ai récemment lu sur Twitter un appel à contribution de @yannleroux (son excellent blog psy et geek ici) concernant une intervention qu’il doit mener auprès d’une classe de 4ème sur l’identité numérique.
J’ai répondu présent à l’appel.
La problématique m’intéresse, elle est d’actualité, et doit permettre quelques questionnements pertinents avec des élèves de ce niveau.
Néanmoins, elle m’a d’abord fait m’interroger moi-même sur les contours de ces notions et sur le traitement qui leur est donné un peu partout sur le Web.

Identité ? Ouatizite?

Ma manière d’écrire l’anglais n’est pas ici une boutade d’ado.
« What is it? » tout le monde sait ce que cela signifie, tout le monde ne sait pas l’écrire (j’ai fait l’expérience). Symptôme (caricatural) d’une société mondialisée dans laquelle les langues et les cultures se mélangent sans forcément se comprendre ou bien se connaître.
Alors quelle place pour l’identité dans un monde tel que celui-ci ? Qui suis-je ? Quels sont les éléments qui fondent ce que je suis ? Quel est ma place dans cette multiplicité (de langages, de cultures,…) qui m’entoure ? Suis-je moi-même unique ou fait d’une multiplicité d’identités ?
La question est philosophique voire métaphysique et il n’est  pas question d’aborder un tel sujet avec une classe de 4ème.

Découpons !
Plusieurs, questions plus faciles pour les ados : Qu’est-ce qui me définit ? Mon histoire ? Mes parents ? Mes goûts ? Mes vêtements ? Mes amis ? La voiture de mes parents ? Mon club de foot préféré ? La marque et l’état de mes chaussures? Mes notes à l’école ? Etc…

Bien entendu tout cela est vrai : je me définis par rapports aux signes que j’envoie vers l’extérieur. Mes T-shirts hors-d’âge me font passer pour un radin (ce que je ne suis pas, enfin je crois), mon vieux-vélo-pourri pour un bobo écolo, mes lunettes de soleil (vissées au front) pour un crâneur, etc…
Je suis parfois conscient et maître de l’information que j’envoie, j’en suis parfois victime. Mais pour le moment, peu importe.

Ce qui compte, c’est que mon identité se définit principalement non en moi, mais dans l’altérité.

C’est l’autre, par le jugement qu’il porte sur moi, par son commentaire de mes gestes ou de mes attitudes, qui envoie au reste de la société une image de moi (proche ou lointaine de ce que je pourrais vouloir qu’elle soit). Plus encore que l’image qu’il renvoie à la société : il me renvoie une image de moi même, image vis-à-vis de laquelle j’adapte mon comportement -selon que cette image me plaît ou non. C’est un aller retour infini d’interactions entre moi et les autres.

Il doit être relativement facile d’arriver jusqu’à ce constat avec des élèves suffisamment mûrs (la classe de quatrième paraît un minimum) et volontaires.

La question prend une autre dimension lorsque je parle d’identité numérique.

Notre existence numérique est coupée de toute transcendance (enfin sauf pour quelques geeks qui vénèrent le dieu pingouin ou la muse pomme). Elle est une somme d’informations, pas toujours facilement quantifiable, pas toujours visible depuis Google et les moteurs de recherche, mais que je peux manipuler et influencer, tout comme mon comportement de la vie « réelle » me permet de modifier mon image auprès de mon entourage proche.
Quand j’envoie un message sur mon compte Facebook, ou que je fais le lien vers un article X ou Y, je signale mon adhésion plus ou moins grande aux propos qui sont tenus dans l’écrit en question. Dans le cas contraire, je publie en plus un commentaire insultant à l’encontre du scribouillard.
D’une manière plus simple et plus proche des habitudes de nos élèves : Si je publie sur mon mur une vidéo lolante trouvée sur Youtube. Quel impact celle-ci va-t-elle avoir sur mes lecteurs ? Quelle image de moi cette vidéo renvoie-t-elle ?

De même :
Je publie mes photos de vacances, de soirées, de sorties entre copains. Je donne mon avis sur les amours de X et Y qui s’affichent dans leur statut. J’écris avec une orthographe plus ou moins aléatoire. Les exemples sont infinis.
En quoi toutes ces publications constituent-elles un ensemble de signaux ? Comment mon lecteur me voit-il à travers cet ensemble ? Quelle maîtrise ai-je de l’image complexe ainsi créée ? Puis-je revenir sur ce qui a été gravé dans le marbre Facebook ?

Très vite, on se rend compte que, comme dans la vie « réelle » mon identité dépend de deux choses : ce que j’envoie comme signal, comment il est traité puis renvoyé par la communauté.

Exemple :
Ce blog a été ouvert il y a environ un mois et depuis son ouverture, je n’ai publié qu’un billet. Plusieurs explications : soit je suis fainéant et écrire m’ennuie, soit je suis un type vraiment overbooké qui a vraiment autre chose à faire que de bloguer pour huit lecteurs.
Ce n’est pas moi qui décide de l’interprétation qu’en feront mes quelques lecteurs : elle va dépendre de bien des choses : Qui ils sont. Quelle image j’ai auprès d’eux à l’heure actuelle. L’heure à laquelle je publierai ce billet. La publicité que je lui donnerai sur les réseaux sociaux. Les commentaires qui seront faits ici et là. Ma manière d’y répondre. La liste est longue…

L’identité numérique se joue donc en trois temps :

  1. publication
  2. réactions + partage
  3. rectifications éventuelles

Sur l’étape centrale, je n’ai aucun contrôle. L’information peut être copié/collée, relayée, commentée et dispersée sans que je puisse l’arrêter. Seule la dernière étape me donne un éventuel droit de réponse lorsque je me suis mal fait comprendre ou que mon propos a été déformé.

Ce billet -il faut bien l’achever- parle finalement peu des élèves et des conseils que l’on pourrait leur prodiguer en matière d’identité numérique.
Pourquoi ?
Sans doute parce que certains sont déjà trop payés pour le faire. Parce que chaque jour, je parcours nombre de sites (il y en a des centaines) qui interdisent, culpabilisent, tentent d’effrayer ou diabolisent Internet. Combien tentent d’éduquer ? Combien posent des questions aux enfants ? Combien responsabilisent ?
Trop peu. On préfère ériger des dogmes et caricaturer.

Caricaturons donc !

« C’est maaal mon petit! Continue comme ça et tu finiras avec la photo de ton cadavre sur le mur FB d’un pédophile et alors là, plus aucun employeur ne voudra de toi !»

Les élèves dont nous avons la charge feront des erreurs ; doivent faire des erreurs. L’erreur fait partie du processus d’apprentissage. A notre charge de les faire réfléchir sur celles-ci et de leur apprendre à les corriger : pas à coup de réponses toutes faites mais avec des questions auxquelles ils ne pourront sans doute, comme moi dans ce billet, jamais répondre, seulement -et c’est peut-être ça être citoyen- réfléchir.


sept 28 2010

Un blog de prof ?!… encore… !?

Drôle de ponctuation. Je ne sais pas écrire diront certains. Ils ont raison. Je n’en ai pas l’habitude. Pire, je n’aime pas cela.

Rien de paradoxal là-dedans, un prof, ça fabrique des exercices, ça écrit des cours, des commentaires plus ou moins bienveillants sur les bulletins, quelque fois des articles ici et là mais ça n’écrit pas « tout court ».

Alors je me pose la question depuis un moment : un blog perso… pourquoi faire ? Pour-quoi-dire surtout ? Ai-je quelque chose de plus à ajouter aux nombreux billets que je lis toutes les semaines et qui défilent inlassablement dans ma TimeLine ?

Peu probable…

Avant de se lancer pour écrire, il vous embarrasse un moment ce « peu probable ». Et puis à un moment on se dit : « Je demande à mes élèves d’écrire. Tous les jours, je leur demande d’inventer, d’exprimer un avis, une opinion, de la défendre, de contester les évidences et les phrases toutes faites: le tout à l’écrit »

Et moi alors ???

Moi je refais le monde en salle des profs avec les collègues (troll) sans essayer de coucher un peu mon expérience sur un support durable, qui puisse être commenté, réfléchi, décrié peut-être.

Il y a peut-être aussi une certaine auto-censure de petit fonctionnaire dans ce silence (honte sur moi).

Alors bon… qu’est-ce qu’on fait ?

On remonte les manches, on se dit qu’après tout, si on raconte des banalités, ça ne sera qu’une autre goutte d’eau dans un océan infini de conneries elle aussi souvent infinie (toutes mes excuses pour le gros mot, j’aime les gros mots, enfin pas tous, mais certains…).

Si tu suis bien depuis le début (je tutoie mon lecteur, de toute façon c’est sans doute un collègue, sinon RE-excuse pour la familiarité), j’en suis au moment où je dis pourquoi encore un blog de prof.

Je n’ai pas encore de réponse à cette question, je me dis que ça peut être une plate-forme de publication pour certains projets en germe qui parfois traversent mon esprit. Ça pourrait aussi bien être l’endroit où mettre quelques billets d’humeur ou quelques réflexions sur des sujets qui touchent à mon métier.

Ayant pris l’habitude de twitter depuis un an de manière assez régulière, j’ai besoin d’un support un peu plus volumineux, moins… je ne trouve pas de synonyme suffisamment efficace pour « bordélique », mais tout le monde aura compris.

Enfin bref, on verra : L’important finalement, c’est de publier et d’être lu, sans se poser la question de savoir si oui ou non il y aurait une quelconque justification psychologique ou métaphysique dans tout ça.

PS : Je relis mon billet et me dis qu’il en ressort un côté désinvolte. Et pourquoi pas après tout ? Mon métier me donne si peu souvent l’occasion de l’être (« désinvolte » pour ceux qui ne suivent pas au fond à droite).

Quant à la suite, j’ai déjà quelques idées mais il faudra attendre que je les mette en forme.

Merci lecteur pour avoir terminé ce billet, si peu justifié par un quelconque besoin de dire quelque chose de vraiment digne d’être lu.